Raymond Frost, scientifique
chez DALSA Semiconducteurs

Raymond Frost
Quand les capteurs
d’image viennent
mousser nos rêves

Par Nelson Dumais

 

 

Lorsqu’en janvier 2004, les premières images en prove-nance de Mars seront retrans-mises aux médias par la NASA, il est probable que Raymond Frost, chercheur à la firme bromontoise Dalsa, sera une personnalité hautement sol-licitée par tous les réseaux d’information.

Dalsa Semiconducteur (ex-Mitel) est une fabricante de puces et de produits d’imagerie dont les ventes étaient de 33 M $ au dernier trimestre. Au même moment, ses dépenses en R&D se situaient à 13,4 % de ses revenus totaux.

Des yeux sur la planète rouge

Raymond Frost est le scientifique qui a conçu la recette (un procédé en 300 étapes) permettant la fabrications des puces de captation lumineuse (des CCD semblables à celles qu’on trouve dans les caméras numériques) dont sont dotés le Spirit et l’Opportunity, les véhicules qui arpenteront alors la planète rouge loin l’un de l’autre.
Le premier a été lancé à Cap Carnaveral le 5 juin dernier et, si tout se passe bien, commencera à diffuser ses images dès le 4 janvier prochain. Le second a été lancé le 24 juin et diffusera possiblement à compter du 25 janvier. La prudence est de mise puisque de nombreuses missions ont échoué. Pour en avoir une idée assez précise, on peut se rendre à l’adresse suivante : mars.jpl.nasa.gov/missions/log
Ces petits MER (Mars Exploration Rovers), des robots très sophistiqués de 400 livres conçus pour rechercher de l’eau et analyser les cailloux martiens, bénéficient en effet d’une vision de 360 degrés tributaire des travaux de M. Frost.
Comment cette prouesse a-t-elle été rendue possible ? Il faut remonter à 1997 alors que ce dernier, un amateur d’astronomie et de voyages originaire de l’Estrie, achève sa première année chez Dalsa. Notons qu’il porte le titre de «professionnel d’ingénierie» au lieu d’«ingénieur», question de bien faire ressortir sa formation en physique. «C’est bien beau un diplôme, mais c’est le savoir-faire qui est important», nous a-t-il confessé.

Raymond Frost, scientifique chez DALSA Semiconducteurs M. Frost vient alors de terminer une commande de prototype CCD particulière pour une sous-traitante de JPL, le laboratoire californien de la NASA. Or la qualité du produit est telle, que l’agence américaine décide de le retenir dans le cadre de ses missions sur Mars. La nouvelle est excellente pour l’entreprise de Bromont qui n’était pas la seule dans la course. La livraison finale a lieu en novembre 2000.

Humilité, curiosité et ténacité

Comment a réagi M. Frost en apprenant que son capteur d’image s’était soudainement transformé en capteur de rêve, autrement dit, en apprenant que ses travaux contribueraient à rendre possible que l’humanité puisse contempler le sol martien ? «C’est un contrat qui m’a beaucoup plu, a-t-il répondu avec retenue. Mais ça n’a rien été de plus que ce que je fais tous les jours, soit de respecter ce que me demandent les clients.»
Il faut dire que l’homme est plutôt humble. Il aime rappeler ne pas avoir été tout seul à avoir travaillé sur ce projet, bref qu’il n’a été qu’un des éléments de la chaîne.
Sans faire de vague, Raymond Frost continue présentement ses travaux pour sa prestigieuse cliente JPL. Il travaille notamment sur un capteur d’image qui va se promener en orbite autour de Mars en 2005 dans le cadre de la mission Mars Reconnaissance Orbiter. Souli-gnons que Dalsa est également impliquée dans le projet Eclipse 2009, une expédition à budget modeste destinée à rechercher des incidences de vie dans l’espace